Dynamiques de groupe et place de l’individu

« Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin ! », « Coopérer, ça enrichit la vie ! » sont des slogans qui sonnent bien et faire appel à « l’intelligence collective » est en vogue. Mais nous sommes parfois embringués dans des mouvements de groupe contraires à nos valeurs, sans même nous en rendre compte ! Les techniques, outils et processus d’organisation collective ont leurs intérêts… et leurs limites. Quel équilibre entre le collectif et l’individuel ? Quels garde-fous pour que coopérer soit vraiment enrichissant ?

L’individu dans le collectif

Travailler en équipe demande une grande capacité d’adaptation et d’affirmation. Un moyen de « faire groupe » est de commencer une réunion par un « tour météo » (1). Cela nous invite à être à la fois présent-e à soi, aux autres et à questionner notre intention individuelle. Introduire ce tour par un temps de silence ou une courte activité ludique facilite cette connexion à nos sensations, à nous-même. Bouger, changer de position en cours de réunion peut nous aider à nous désynchroniser et à retrouver notre voix propre, notamment si nous ne savons plus très bien où nous en sommes ou au moment de prendre une décision. Clore la réunion de la même manière que nous l’avons commencée permet à chacun-e de revenir à lui-elle.

Places et fonctions formelles

S’installer en cercle nous invite à des relations non hiérarchiques : chaque membre du groupe est à égale distance du centre et à égale distance les un-e-s des autres. Il peut être utile de coopter un-e animateur-trice, un-e secrétaire, voire de les assister de gardien-ne du temps, guetteur-euse d’ambiance ou autre, en fonction des besoins de l’équipe (2). Ces rôles gagnent à être clairement définis par le groupe, ainsi que les missions et cadres de chacun-e et de chaque équipe de travail : qui fait quoi, quelles sont ses marges de manœuvre et de décision, quand et comment rendre compte ?

Attitudes et postures personnelles

Se questionner de temps en temps sur les rôles informels que nous jouons et auxquels nous avons été exercé-e-s depuis notre enfance peut nous aider à prendre conscience de ces boucles rétroactives que nous entretenons et qui nous cantonnent à un rôle que nous ne souhaitons pas forcément. Est-ce que je critique sans m’engager ? Est-ce que je demande constamment conseil ou réconfort ? Attends-je l’approbation des autres ? Est-ce que je fais rire le groupe ? Est-ce que je mets à jour chaque petite tension ? Suis-je ultra perfectionniste ? Est-ce que j’interromps les autres parce que j’ai l’unique solution ? Est-ce que sans moi, tout s’écroulerait ? Etc. Et si j’expérimentais une posture et une attitude différente ?

Une évolution cyclique

D’abord, nous partageons la même vision et nous nous admirons réciproquement. Puis viennent les luttes de pouvoir et la nécessité de remettre en question nos fonctionnements implicites, de définir nos structures et nos processus : facilitons le partage du pouvoir et les échanges de rôles. Notre groupe traîne, marche au ralenti ? C’est qu’il y a des non-dits. Nous nous connaissons mieux et il arrive que nous soyons aux prises avec des sentiments forts : créons nos espaces de médiation, ouvrons des temps pour « nous dire », valoriser nos compétences mutuelles et nous distribuer des chaudoudoux (3). A la suite de ces conflits relationnels et émotionnels, le groupe se définit plus clairement, sa vision évolue, et il entame un nouveau cycle…

Un groupe sain m’invite à être moi-même, à mettre en évidence mes meilleurs côtés et à voir ceux des autres tout en osant regarder sans peur mes côtés sombres. Il n’est jamais stable car il grandit et évolue sans cesse. Il se construit dans une ambiance bienveillante sur des bases d’attention et d’écoute réciproques, d’assertivité et de congruence : je parle de ce qui m’anime, de mes besoins et de ce que je ressens ; ce que je pense, ressens, dis et fais est cohérent. Dans la mesure où nous nous laissons tôt ou tard influencer par notre environnement, nous avons tout intérêt à le choisir avec soin !

Edith Fortin Muet

publié dans la chronique d’EnVies EnJeux du magazine NonViolence Actualités n°341 juillet août 2015

Photo : Jean-Baptiste LCertains droits réservés

(1) C’est un tour où chacun-e peut dire comment il-elle se sent, là, maintenant et laisser son fardeau pour se rendre disponible.

(2) Cf. NVA n° 338 – Travailler en équipe : les clés de la coopération ou une « Méthode d’animation de réunion avec prise de décision au consensus »

(3) Voir « le Conte chaud et doux des chaudoudoux » de Claude Steiner.

Ressource complémentaire : Version en-ligne du livre micropolitiques des groupes, pour une écologie des pratiques collectives

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