Emotions – Démêler le faux du vrai et retrouver sa liberté

Cet article est une contribution au laboratoire d’idées « Vers un monde meilleur ». Ses membres publient une fois par mois un article sur un thème commun. Ce mois-ci, le thème est « Gérer ses émotions », proposé par Céline, du blog apprendre-en-s-amusant.com et son article 5 pistes pour (ENFIN) éviter les crises

Nos émotions font partie de nous, elles nous disent qui nous sommes mais nous nous sentons parfois envahis-es, et nous nous énervons pour un rien, nous avons les larmes aux yeux dès qu’une difficulté se présente ou nous rions à tout va. Ou alors nous nous taisons et gardons les larmes, les cris ou les rires à l’intérieur, bien cachés derrière un visage égal et une attitude contrôlée. Quelle que soit notre stratégie, il nous est parfois bien difficile de percevoir et d’exprimer nos émotions avec justesse.

Colère, peur, tristesse, surprise, dégoût, honte, joie et amour

Nous le savons depuis plus de 20 ans, nos émotions nous guident pour prendre nos décisions. Ce sont des réactions physiologiques d’adaptation à l’environnement. Notre corps met tout en œuvre pour nous permettre de réagir aux situations de manière appropriée et satisfaire nos besoins fondamentaux… à condition de les écouter et de les comprendre. Quand on exprime une émotion, on s’en libère. Cela dure quelques minutes tout au plus et nous permet d’avoir une meilleure conscience de nous-même et nous aide à construire notre sentiment d’identité. Partager nos émotions nous permet de nous sentir proche des autres et goûter à l’intimité.

Concrètement, comment exprimer et partager mon émotion ?

Je peux dire et partager ce qui se passe pour moi. Simplement, sans gène ni excès. Cela demande de maitriser suffisamment quelques éléments de grammaire relationnelle au risque de blesser mon interlocuteur-trice et d’envenimer la situation. Si besoin, je peux aussi en parler à un-e ami-e qui saura m’écouter avec empathie, écrire une lettre à déchirer ou brûler ou faire un ou plusieurs dessins.  Quand je suis en colère, je peux faire des mouvement amples libérant mon diaphragme et ma cage thoracique, comme fendre du bois, tout en parlant, criant, ou pleurant. Quand je suis triste, je peux demander un câlin ou m’envelopper dans un plaid ou un foulard pour me sentir contenu-e et pleurer tant que j’en ai besoin. Quand j’ai peur, je peux m’adosser à un mur et trembler, crier, pleurer. Quand j’éprouve de la joie, je peux lever les bras, sauter, crier, chanter, embrasser mes ami-e-s. Ces manifestations sont naturelles. Il s’agit de se laisser sentir et d’exprimer ce qui se passe pour moi. La présence d’un-e ami-e peut aider : les émotions, ça se partage ! Je me sens alors reconnu-e et en lien. Si la situation ne me permet pas de crier ou pleurer comme j’en aurais besoin, je peux choisir de le faire plus tard, à condition que ce ne soit pas dans trop longtemps, et de m’en occuper vraiment.

Quand nos émotions sont reniées

Seulement voilà, peu d’entre-nous ont eu l’autorisation et l’accompagnement nécessaires pour exprimer leurs émotions. Nous avons plutôt reçu l’ordre de nous calmer, des étiquettes, voire des paroles humiliantes, des coups ou… de l’indifférence. Quand nous ne pouvons pas exprimer nos émotions, notre corps reste sous stress, les tensions s’accumulent et nous développons des stratégies pour ne plus sentir : bloquer notre respiration ou nous ronger les ongles, nous soumettre ou attaquer les autres, nous isoler ou boire de l’alcool, surfer sur internet ou manger des sucreries, etc. Je parle ici de réactions automatiques, de comportements compulsifs qui nous coupent de nos sensations et émotions véritables.

Habitude, quand tu nous tiens !

Les émotions non dites se transmettent de génération en génération, et depuis notre enfance, nous avons développé des habitudes émotionnelles :  il ar­rive que nous accumulions des tensions, que nous ayons appris à mettre une émotion à la place d’une autre, que l’événement actuel nous ramène comme un élastique à un événement du passé. Ces habitudes peuvent avoir le goût et la couleur des émotions, mais elles sont décalées ou disproportionnées par rapport à la situation présente et au déclencheur. Elles représentent la majeure partie de nos manifestations émotionnelles. Plus on les exprime, plus on les renforce… et cela amène les autres à se détourner de nous ! Ces habitudes émotionnelles m’ont été utiles. Aujourd’hui, accéder à nouveau à mes émotions véritables me permet de retrouver ma liberté. Pour cela, il est nécessaire de décoder mes habitudes, d’exprimer mes émotions sous-jacentes et de satisfaire mes besoins fondamentaux.

Quelques repères

Mon premier repère, c’est la durée. Est-ce qu’exprimer mon émotion me permet de me calmer en quelques minutes (90 secondes nous disent les chercheurs) ou est-ce que ça ne fait qu’empirer ? Si cela ne fait que s’amplifier, je vérifie mes besoins physiologiques : est-ce que j’ai soif, faim ou sommeil ? Et oui, parfois j’éprouve des sensations désagréable et je suis « grincheux-euse » juste parce que je suis un peu déshydraté-e ! Il est alors temps de déguster un verre d’eau. Il se peut aussi que je sois contaminé-e par l’émotion d’un-e autre. Si, si, les émotions sont contagieuses ! Il me suffit alors de changer de position et de respirer profondément pour retrouver ma liberté. Sinon, c’est probablement une habitude émotionnelle, et si je regarde de plus près, je peux me rendre compte que je les ressasse, que ce n’est pas la première fois que je réagis de cette manière, sans me sentir libéré-e pour autant, ni plus en lien avec les autres. Je peux vérifier en me posant ces quelques questions  :

  • Qu’est-ce qui déclenche ma réaction ?
  • Ma réaction est-elle liée à une réalité présente ? Est-elle adaptée et appropriée à la situation actuelle ?
  • L’intensité de ma réaction est-elle proportionnée et adaptée à la situation présente ou est-elle excessive ?

Comment me libérer d’une habitude émotionnelle ?

D’abord, stopper le processus et cesser de ressasser. Stop ! Basta ! Suffit ! Enough ! Poubelle ! Delete ! Je peux choisir un mot clair et énergique à me dire dès les premiers signes. Je peux alors prendre le temps de faire une courte pause, en utilisant par exemple la cohérence cardiaque, la méditation de pleine conscience, ou en allant marcher quelques minutes. Reprendre contact avec mes sensations, me permet de sortir de la spirale et de revenir aux commandes. Je peux alors prendre du recul et regarder l’origine de ma réaction : quelle est la cause réelle ? Avec qui ai-je vécu une situation similaire ? A quel moment était-ce ? Ce n’est qu’une fois la cause réelle trouvée que je peux me laisser sentir et exprimer l’émotion véritable qui y est associée et nourrir mon besoin sous-jacent. Pour démêler cela, je peux en parler avec un-e ami-e ou un-e psychopracticien-ne.

Mieux vaut prévenir que guérir

Certaines attitudes peuvent nous aider à ne plus retomber dans habitudes, par exemple :

  • Sentir – Accueillons ses sensations sans les juger, facilite l’expression des émotions. Sous la douche, au bureau, ou sur mon trajet de retour, je prends un instant pour écouter et ressentir ce qui se passe en moi ou au contact du mur, de mes vêtements ou de l’eau de la douche. Je mets des mots sur mes sensations.
  • Respirer – Pratiquer régulièrement la relaxation, la cohérence cardiaque ou la méditation contribue entre autres à réduire effets du stress sur notre organisme. Je prends 5 minutes pour me centrer sur ma respiration 3 à 4 fois par jour – avant chaque repas, par exemple.
  • Bouger – Une activité sportive régulière aide à réguler ses émotions et à se sentir plus heureux et connecté-e-s aux autres. Je danse ou saute sur un trampoline pendant 10 minute chaque jour, ou plus simplement, je me relève de mon siège toutes les vingt à trente minutes.
  • Désencombrer et ranger – Trop de stimulation peut induire du stress et polluer notre esprit. Vivre dans un environnement suffisamment rangé et beau (selon nos critères) aide à nous concentrer et à nous apaiser. Je range un espace chaque jour : 15 minutes pour faire le tri entre les choses à jeter, à donner ou à ranger. Deux fois par jour, je désencombre les « points chauds » : table, bureau, tablette d’entrée, etc.
  • Câliner (ou me faire câliner) – Les interactions chaleureuses que j’entretiens avec mon entourage contribuent à remplir mon réservoir affectif et à me sentir en lien avec les autres. J’ose proposer, demander, accepter le contact avec mes proches ou mes collègues tout en acceptant les refus et en m’offrant aussi le droit de refuser.
  • Jouer – Mode de communication privilégié des enfants le jeu a les mêmes effets bénéfiques, particulièrement s’il nous invite au mouvement. Je m’offre 5 minutes de jeu par jour (au moins !) : je joue avec mon enfant avant de partir à l’école, ou dès nos retrouvailles, je saute sur les bandes blanches du passage piétons ou je lance des toupies à mes ami-e-s.
  • Manger – La qualité de notre alimentation influe fortement sur notre comportement. Avant d’acheter ou de consommer un produit, je vérifie son étiquette ! Et je privilégie les aliments bio, sans colorant, conservateurs ni sucre ajoutés. Je veille également à consommer des graisses de bonne qualité. Je veille à boire suffisamment d’eau.

Edith Fortin Muet

Photo : Andrew Feicht Certains droits réservés

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