L’empathie pour mieux apprendre

Une étude menée sur 10 ans par 3 universités finlandaises montre que l’empathie de l’enseignant·e envers les élèves est plus importante pour renforcer leur motivation et leurs compétences que la pédagogie ou le nombre d’élèves par classe. Des études antérieures l’avaient montré pour les petites classes, et cette nouvelle étude le confirme pour les années qui suivent, même lorsque les interaction enseignant-élèves sont moins importantes et que les apprentissages se complexifient. Cette étude a également porté son attention sur les interactions parents-enseignants.

L’empathie favorise le désir d’apprendre et la réussite scolaire des élèves

L’image du maître « sévère, mais juste », détenteur du savoir et gardant de la « distance » avec ses élèves est désormais dépassée et cette étude vient confirmer ce que les enseignants ayant établi des relations chaleureuses avec leurs élèves avaient constaté : ils apprennent mieux et ce, quelle que soit la matière. Le succès du système éducatif finlandais est souvent attribuée à une haute estime pour la profession d’enseignant et des professeurs hautement qualifiés, l’égalité dans l’éducation, et le maintien des tests standardisés à un strict minimum. Nous observons aujourd’hui que l’attitude empathique de l’enseignant joue un rôle prépondérant en protégeant l’image que les élèves ont d’eux-même dans les apprentissages et en limitant le phénomène de « bouc émissaire ».

Pourquoi ?

L’empathique influe sur la construction de la confiance et de l’autodiscipline tandis qu’un faible soutien émotionnel provoque des comportements passifs, d’évitement ou d’agressivité. Apprendre est un travail colossal. Il s’agit d’expérimenter (plusieurs fois !), de comprendre, de mémoriser et de savoir restituer. Plus je prends du plaisir à apprendre, plus j’ai envie d’apprendre. Le circuit « motivation-récompense-plaisir » s’active dans mon cerveau qui associe « apprendre » avec « plaisir ». Tandis que si j’apprends dans de mauvaises conditions, c’est le circuit du stress qui s’active et mon cerveau peut associer « apprendre » avec « passivité » ou « douleur ». Pire, un stress chronique peut entraver la mémorisation, voire détruire des neurones ! En permettant au cerveau de rester connecté (ou de se reconnecter), l’empathie permet à l’élève de développer son pouvoir personnel, c’est à dire sa capacité à agir sur son environnement, sur ce qu’il-elle vit : dès lors que son cerveau n’est plus sous l’emprise de l’amygdale cérébrale, l’élève a accès à toutes les capacités de son cerveau qui peut traiter les informations sereinement et agir de manière appropriée.

Concrètement, une attitude empathique, c’est quoi ?

C’est accueillir les émotions de l’enfant plutôt que les éviter ou émettre des messages dévalorisants ou démotivants : une présence chaleureuse et accueillante, voire même un regard peuvent suffire. C’est également avoir confiance en l’enfant et en sa capacité à apprendre et à se fixer des objectif : si je l’écoute, que je l’accepte avec suffisamment de chaleur et d’empathie, et que je contribue à nourrir ses besoins fondamentaux (de manière directe ou indirecte), l’élève sera capable de dépasser peurs, colères ou frustrations et sera connecté-e au plaisir d’apprendre. Une attitude empathique, c’est aussi encadrer les dangers plutôt qu’entraver la curiosité naturelle de l’enfant : ses rêves et projets sont l’essence même du désir d’apprendre et constituent une condition sine qua non pour que l’élève soit réellement acteur de ses apprentissages.

La violence (éducative) ordinaire à l’école

De nombreux enseignant-e-s éprouvent des difficultés dans leurs relations avec les élèves ou avec les parents et entretenir des relations empathiques et chaleureuses semble parfois relever du défi : les petites phrases humiliantes ou démotivantes, les punitions (et récompenses) font encore partie de l’école. Cela s’appelle la violence éducative ordinaire (VEO) ou plus largement jeux de pouvoir ou rapports de domination. Les enseignant-e-s sont personnellement souvent soumis-es à un stress important tant de la part des parents que de leurs supérieurs ou collègues. Pratiquer l’empathie, ça demande du courage, de l’entraînement, et de recevoir beaucoup d’empathie ! Les parents peuvent contribuer à leur niveau et nous pouvons mutuellement nous écouter avec chaleur et empathie et contribuer à améliorer la situation.

Edith Fortin Muet

Télécharger un article paru dans SciencesHumaine.com

* Attention, il y a une différence entre besoins et désirs !

Photo de Micah SittigCertains droits réservés

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